Le saviez-vous ?
Jusqu’en 1797, l’année commençait le 1er mars à Venise
Le pape Grégoire XIII a réformé le calendrier en 1582. Venise a adopté les nouvelles dates. Elle n’a pas adopté le 1er janvier comme jour de l’An.
La République utilisait son propre comput, noté M.V. — more veneto, « selon les coutumes de Venise » — dans lequel, suivant l’ancienne pratique romaine, l’année commençait le 1er mars.
La conséquence est que janvier et février appartenaient toujours à l’année précédente dans les documents vénitiens. Février 1700 dans le reste de l’Europe était février 1699 more veneto. Une lettre datée du 26 janvier 1421 ailleurs est datée du 26 janvier 1420 à Venise.
La République pouvait le faire parce qu’elle n’avait pas besoin d’autorisation. La filiation institutionnelle de Venise remontait à l’Empire romain en passant par Byzance – une administration provinciale devenue souveraine – et sa légitimité ne dépendait pas de l’Église romaine. Ainsi, lorsque Rome a modifié le calendrier, Venise a adopté les nouvelles dates mais a gardé son propre Nouvel An.
Cela a duré 215 ans, jusqu’à ce que la République elle-même tombe en 1797. La Grande-Bretagne, qui a catégoriquement rejeté le nouveau calendrier, a résisté pendant 170 ans.
L’horloge : et le chiffre qui régit Venise aujourd’hui dépend, lui aussi, du moment où l’on compte.
Le centre historique comptait 174 808 habitants en 1951. En 1975, il en comptait 104 000. En 1995, 71 000. En 2015, 55 000. En 2025, ils étaient 47 625, soit une baisse de plus de 70 % en soixante-dix ans, et plus de 120 000 personnes ont quitté les six sestieri et la Giudecca.
En 1960, pour la première fois depuis la fondation de la ville au VIIe siècle, le continent est devenu plus peuplé que les îles.
À mettre en regard : Venise a le deuxième ratio touristes/habitants le plus élevé d’Europe. En 2025, la ville a facturé aux excursionnistes un droit d’entrée pendant 54 jours de pointe, et plus de 720 000 personnes l’ont payé, rapportant 5,4 millions d’euros.
Sept cent vingt mille visiteurs payants, pendant cinquante-quatre jours, dans un lieu où vivent moins de quarante-huit mille personnes. Quinze excursionnistes par habitant – et cela ne compte que ceux qui ont payé.
Une ville qui a passé deux siècles à insister sur le fait que janvier appartenait à l’année dernière a désormais une population qui dépend entièrement du jour où l’on pose la question.
Sources
- Wikipédia, *More veneto* (signe M.V. ; l’année commence le 1er mars ; Venise a adopté le calendrier grégorien en 1582 mais a gardé le 1er mars comme Nouvel An ; cela a duré jusqu’en 1797 ; exemple : février 1700 = février 1699 M.V.)
- History Walks in Venice (la lignée de l’État vénitien venait directement de l’Empire romain, en passant par Byzance ; l’Église romaine fut la principale raison de faire commencer l’année le 1er janvier ; exemple : 26 janvier 1421 = 26 janvier 1420 M.V.)
- Statista (pic de 174 800 en 1951 ; 47 625 en 2025 ; continent dépassant les îles en 1960 ; contribution touristique de 1,67 milliard d’euros ; plus de 1 260 hôtels)
- InTrieste / Venessia.com (104 000 en 1975, 71 000 en 1995, 55 000 en 2015 ; plus de 720 000 paiements en 54 jours d’affluence en 2025, 5,4 millions d’euros)
- Sage Journals (baisse de 72 % de 1951 à 2022)